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« Nous passons parfois tant de temps à courir après la vie que nous oublions de la regarder passer. »
— Lysa Marvin
Il existe des endroits qui semblent échapper au temps.
Des lieux où l'on arrive presque par hasard et qui, sans que l'on sache vraiment pourquoi, nous invitent à ralentir.
Aujourd'hui, j'ai découvert Alte.
Un petit village de l'arrière-pays algarvien, niché entre les collines, loin de l'agitation du littoral et des stations balnéaires que connaissent la plupart des visiteurs.
L'eau y est partout.
Elle serpente discrètement entre les pierres blanches, alimente des bassins naturels d'une incroyable limpidité et accompagne le promeneur comme une présence rassurante.
Assise quelques instants près de cette piscine naturelle, j'ai observé les enfants jouer dans l'eau fraîche sous le regard tranquille de leurs parents.
Personne ne semblait pressé.
Personne ne semblait courir après quoi que ce soit.
Dans notre société où chaque minute doit être productive, cette simple scène avait quelque chose de presque déroutant.
Je me suis alors demandé à quel moment nous avions appris à vivre ainsi.
À quel moment nous avions commencé à remplir nos journées jusqu'à ne plus laisser d'espace au silence.
À quel moment nous avions décidé que ralentir était une faiblesse.
Pendant de nombreuses années, j'ai moi aussi vécu dans le mouvement permanent.
Il y avait toujours un projet à lancer, une difficulté à résoudre, une échéance à respecter ou un objectif à atteindre.
Lorsque nous avons quitté la France pour nous installer au Portugal, j'étais persuadée que le changement de décor suffirait à transformer ma manière de vivre.
Mais on emporte souvent avec soi ce que l'on cherche précisément à quitter.
Les paysages changent plus vite que les habitudes.
Les années ont passé.
Les réussites aussi.
Les épreuves également.
Et puis la vie, avec cette sagesse parfois brutale qui la caractérise, a fini par m'obliger à ralentir.
Sur le moment, nous résistons presque toujours.
Nous avons peur du vide.
Peur de perdre notre utilité.
Peur de ne plus savoir qui nous sommes lorsque nous cessons de faire.
Pourtant, il arrive que les périodes les plus fécondes de notre existence soient précisément celles où nous acceptons enfin de nous arrêter.
Non pas pour abandonner.
Mais pour écouter.
Écouter ce que nous ressentons réellement.
Écouter les envies que nous avons mises de côté.
Écouter cette petite voix intérieure que le bruit du quotidien finit souvent par étouffer.
En regardant l'eau suivre son chemin à travers les rochers d'Alte, je me suis dit que la nature possède une forme d'intelligence que nous avons parfois oubliée.
L'eau ne lutte pas contre chaque obstacle.
Elle contourne.
Elle s'adapte.
Elle poursuit sa route sans précipitation.
Et pourtant, elle finit toujours par atteindre sa destination.
Peut-être que la vie nous demande parfois la même chose.
Moins de lutte.
Moins de contrôle.
Et davantage de confiance dans le chemin qui se dessine sous nos pas.
Alte n'est sans doute qu'un petit village parmi tant d'autres.
Mais aujourd'hui, il m'a offert un rappel précieux.
Celui que ralentir n'est pas renoncer.
C'est parfois la condition nécessaire pour retrouver l'essentiel.
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