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« Une multipotentielle ne cherche pas forcément à tout faire. Elle cherche avant tout à continuer d'apprendre, de comprendre et de grandir. »
— Lysa Marvin
"Tu te lasses toujours de tout."
Si vous êtes multipotentielle, il y a de fortes chances que vous ayez déjà entendu cette remarque. Peut-être même plusieurs fois. Elle vient parfois d'un proche, d'un collègue, d'un parent… mais le plus douloureux est sans doute le moment où l'on finit par se la répéter à soi-même.
Au début, tout semble pourtant si simple. Un nouveau projet apparaît. Une idée surgit. Un sujet attire votre attention. Vous vous documentez, vous lisez, vous regardez des vidéos, vous prenez des notes. Vous avez l'impression d'avoir enfin trouvé la bonne direction. Vous y consacrez votre temps, votre énergie et votre enthousiasme.
Puis, sans prévenir, quelque chose change.
Le projet est toujours intéressant, mais il ne vous fait plus vibrer de la même manière. Vous continuez quelque temps par discipline, puis vous commencez à regarder ailleurs. Une nouvelle idée apparaît. Une autre passion vous appelle. Et aussitôt, la culpabilité s'invite.
Pourquoi est-ce que je fais toujours ça ? Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à rester passionnée plus longtemps ?
Pendant longtemps, j'ai cru que ce fonctionnement révélait un manque de persévérance. Comme beaucoup de multipotentielles, j'avais intégré l'idée qu'une personne sérieuse choisissait une voie et s'y tenait. Changer d'intérêt était perçu comme un échec, presque comme une faiblesse de caractère.
Avec le temps, j'ai compris que la réalité était plus nuancée.
L'ennui des multipotentielles n'est pas un désintérêt pour l'effort. Il est souvent le signe que leur cerveau fonctionne d'une manière particulière.
Quand la découverte laisse place à la répétition
Il existe un moment très précis où beaucoup de multipotentielles commencent à décrocher. Ce n'est pas au début d'un projet. Bien au contraire. Les premiers jours sont souvent exaltants. Tout est nouveau. Chaque découverte ouvre une porte vers une autre. Les idées se connectent entre elles. L'imagination s'emballe.
Puis vient la phase de maîtrise.
Les gestes deviennent familiers. Les réponses arrivent plus vite. Les progrès sont moins spectaculaires. Ce qui était une exploration devient progressivement une répétition.
Pour certaines personnes, c'est précisément à ce moment-là que le plaisir commence. Elles apprécient de perfectionner leur savoir-faire, d'approfondir une compétence pendant des années, parfois toute une vie.
Chez beaucoup de multipotentielles, c'est l'inverse.
Ce qui les nourrit avant tout, ce n'est pas la répétition, mais la découverte. Leur plaisir réside dans l'apprentissage, dans la compréhension, dans le fait d'explorer un territoire inconnu. Une fois cette étape franchie, leur curiosité cherche naturellement un nouvel horizon.
Cela ne signifie pas qu'elles abandonnent parce que c'est difficile. Bien souvent, elles s'éloignent justement lorsque les choses deviennent plus faciles.
L'ennui n'est pas un manque de motivation
Notre société associe volontiers l'ennui à la paresse ou au manque d'implication. Pourtant, ces deux notions n'ont rien à voir.
Une multipotentielle peut travailler avec acharnement pendant plusieurs semaines, apprendre plus vite que la moyenne et investir énormément d'énergie dans un projet. Ce n'est donc pas l'investissement qui lui manque.
Ce qui disparaît progressivement, c'est le sentiment d'exploration.
Imaginez un voyage. Les premiers jours, chaque rue est une découverte. Chaque paysage émerveille. Puis, au fil des semaines, les lieux deviennent familiers. Vous continuez d'apprécier le voyage, mais l'intensité de la nouveauté s'atténue.
Pour beaucoup de multipotentielles, les projets suivent exactement ce même mouvement.
Le piège de la culpabilité
Le véritable problème n'est pas de s'ennuyer.
Le véritable problème est ce que nous racontons à propos de cet ennui.
Lorsque cela se reproduit plusieurs fois, nous commençons à construire une histoire sur nous-mêmes.
"Je suis incapable d'aller jusqu'au bout."
"Je change tout le temps."
"Je ne trouverai jamais ma voie."
Petit à petit, ce ne sont plus nos projets qui nous freinent, mais l'image que nous avons de nous-mêmes.
Alors, lorsqu'une nouvelle envie apparaît, nous nous méfions. Nous nous demandons combien de temps elle durera. Nous hésitons à nous lancer. Nous restons immobiles, de peur de revivre une nouvelle déception.
Et c'est ainsi que naît une autre forme de souffrance : non plus celle de l'ennui, mais celle de l'autocensure.
Faut-il lutter contre ce fonctionnement ?
Je ne le crois pas.
En revanche, je pense qu'il est essentiel d'apprendre à le comprendre.
Comprendre que toutes les passions n'ont pas vocation à durer toute une vie.
Comprendre qu'un projet n'est pas inutile parce qu'il s'arrête.
Comprendre que chaque apprentissage nourrit le suivant.
Lorsque je regarde mon propre parcours, je pourrais facilement y voir une succession de détours. Pourtant, avec le recul, je réalise que rien n'a été perdu. Chaque expérience m'a apporté des compétences, des rencontres, une manière différente de regarder le monde. Ce sont justement ces chemins variés qui nourrissent aujourd'hui mon écriture.
Peut-être est-ce cela, finalement, la véritable richesse des multipotentielles.
Elles ne collectionnent pas des passions.
Elles collectionnent des regards sur le monde.
Et un jour, sans même s'en rendre compte, tous ces morceaux finissent par se relier.
Une autre manière de regarder l'ennui
Et si l'ennui n'était pas un défaut à corriger, mais un signal à écouter ?
Non pas un signal qui nous dit de tout abandonner à la moindre difficulté, mais un signal qui nous invite à nous poser une question essentielle : suis-je encore en train d'apprendre, de grandir et de donner du sens à ce que je fais ?
Pour une multipotentielle, cette question est souvent plus importante que celle de la réussite.
Car ce qui la met en mouvement n'est pas uniquement le résultat. C'est le chemin qui y mène, la découverte, l'exploration, la possibilité de continuer à évoluer.
Peut-être qu'au fond, le problème n'est pas que les multipotentielles s'ennuient plus vite que les autres.
Peut-être est-ce simplement qu'elles ont un besoin de croissance si profond qu'elles ressentent plus tôt le moment où un environnement cesse de les nourrir.
Et si, au lieu de leur reprocher cette soif d'apprendre, nous commencions à la considérer pour ce qu'elle est réellement : non pas une faiblesse, mais une formidable énergie, à condition d'apprendre à la canaliser.
Pour aller plus loin
Si ces réflexions résonnent en vous, mon livre Multipotentielle explore justement ce sentiment de décalage que ressentent de nombreuses femmes lorsqu'elles ne se reconnaissent pas dans les parcours tout tracés.
Parce que comprendre son propre fonctionnement est souvent le premier pas vers une vie plus libre et plus alignée avec soi-même.
Un guide qui aide les femmes aux multiples centres d’intérêt à comprendre leur fonctionnement, accepter leur différence et construire une vie plus alignée avec qui elles sont vraiment